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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 19:23

Essai d'Histoire du Cyclisme

des Bouches du Rhône

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Le cyclisme en Provence, celui dont on parle encore, commence chez moi dans l'aristocratie arlésienne. Comme ailleurs, la jeunesse fortunée s'essaie à ce nouveau moyen de locomotion. Et deux jeunes gens plus doués que les autres laisseront un nom dans l'histoire du vélo, Marius et Jean Allard. Marius, qui décédera très jeune, participera au premier Paris-Brest-Paris et fera le bonheur des pistes européennes. Il battra même un record du monde derrière entraîneurs sur le parcours Salon-Arles. Ce parcours, en ligne droite balayé par le Mistral sera d'ailleurs propice aux records du monde.
Il faudra attendre la famille Bettini, Aldo et Peppino routiers-pistards des premières années du siècle et participants au Tour de France pour que le cyclisme retrouve ses lettres de noblesse en Provence. A cette époque-là, les meilleurs Provençaux ignorent l'UVF (Union Vélocipédique de France) et sont licenciés à la FCIM (Fédération Cycliste Indépendante du Midi). Le contentieux Paris-Marseille ne date pas d'OM-PSG.
 
Deux coureurs vont dominer l'immédiat après-guerre Joseph Curtel sur la route et Gustave Ganay sur la piste et plus précisément en demi-fond. Ils appartiennent comme leurs pairs à une époque où le cyclisme est un cyclisme de vieux. La guerre 14-18 a rayé la jeunesse de la carte, morts ou estropiés, le renouvellement des cyclistes, sauf de rares exceptions ne se fait pas. Les courses sont de longues processions à allure de cyclotouristes avec des coureurs âgés pour la plupart.
Joseph Curtel va dominer le lot de la tête et des épaules. Après une carrière discrète commencée avant guerre, il va remporter tant sur route que sur piste tout ce qu'il voudra. Il sera l'un des rares à montrer sa roue arrière à Binda, le champion naissant de la Côte d'Azur. Le troisième larron sera le Varois et Champion de France Louis Gras.
Avec d'autres Peugeot, hors de chez lui, ou son compère Adrien Allibert chez nous, il sera la vedette incontestée de notre cyclisme. Il va même peut-être gagner Paris-Roubaix 1927, mais c'est Georges Ronsse qui figure au palmarès. Cela fait partie de la légende du cyclisme puisque les photos prises presque sur la ligne ne permettent pas de départager les deux coureurs. Pour se faire une idée, il faut quitter "L'Auto", journal organisateur, qui fait le canard sur sa course et préfère la victoire d'un jeune pur-sang sur un cheval de retour (Curtel allait sur ses 34 ans). Mais "les Sports Illustrés", hebdomadaire Belge que l'on ne peut soupçonner d'être favorable au Français, reconnaît que la Marseillaise a été jouée et que Curtel a reçu le bouquet de la victoire. Le doute subsiste encore.
Toujours est-il que le "Zé" (diminutif de Joseph en Provence) remplissait les vélodromes régionaux plus que les Pélissier ou Girardengo et servait de référence aux autres coureurs.
A ce sujet, je me souviens que Louis Aimar, me parlant de sa première victoire, du moins la première importante pour lui, tenait à ajouter qu'elle avait été obtenue devant Curtel, nom qu'il prononçait encore avec respect 50 ans après.
L'autre anecdote concerne la piste : quand un jeune coureur venait de réaliser une performance sur la route, il n'était pas rare de voir M. Sol, le directeur du Vélodrome Jean Bouin s'approcher et on avait droit au dialogue suivant :
  • Tu marches bien petit
  •  
    • Oui Monsieur Sol
    •  
      • Samedi je fais une réunion sur piste, ça t'intéresserait
      •  
        • Bien sûr Monsieur Sol
        •  
          • Et tu prendrais combien ?
          •  
            • Comme Curtel Monsieur Sol, comme Curtel
            •  
En général Monsieur Sol tournait les talons et le dialogue s'arrêtait là sauf si le minot devenait plus raisonnable, ce qui était généralement le cas.
Quand il prendra sa retraite Joseph Curtel ne quittera pas le milieu et deviendra entraîneur de demi-fond.
L'autre vedette de l'époque, c'est Gustave Ganay. D'abord routier, grimpeur même puisqu'il s'imposera au Faron, le petit Ganay atteindra à la notoriété nationale puis internationale en demi-fond. Coureur spectaculaire, il y laissera sa vie comme bien d'autres.
Les autres coureurs de l'époque sont avant tout des Tours de France. Pour doués qu'ils fussent, ils n'ont jamais atteint à la notoriété de Curtel et n'ont pas dominé le cyclisme régional de la même manière.

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FredCultureCyclisme - dans Cyclisme
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