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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 08:56

 

Un lecteur m'a demandé si j'avais de la documentation ou si je savais des choses sur Paul Ruinart. Je viens de retrouver son portrait dressé par Marcel Gentis … en 1925, hier quoi, et je me fais un plaisir à vous le livrer. Après Georges Coupry, champion et éducateur, voici Paul Ruinart, coureur et éducateur, une autre vie consacrée au cyclisme.

 

Coups de Plume

 

Paul Ruinart

 

Les Amis des Sports donneront leur prochain dîner en l'honneur de Paul Ruinart, jeudi 29 octobre.

Enfin, voilà une belle occasion qui m'est offerte pour dire à quel point cet hommage arrive à son heure.

Cette heure, selon les mérites de l'ami en question, aurait dû sonner depuis longtemps. Mais Ruinart est un modeste, doublé d'un philosophe qui sait attendre sans montrer une ridicule impatience aux honneurs. Chez lui, le dévouement est une chose si naturelle qu'il en oublie toute la valeur de sa portée. Personne ne s'adresse à lui en vain; s'il refuse, il le fait avec un réel chagrin qui retire tout entier l'outrage d'un doute.

C'est un sportsman éclectique, élégant, au-dessus de toute vulgaire compromission.

 

***

 

Il y a trente ans, quand il était tout jeune coureur, je me rappelle son maillot à damier mauve et blanc, sa silouhette de lévrier lui donnait une allure extrêmement vite, très plaisante à l'oeil. Il fut parmi les meilleurs. Depuis, il n'a jamais dit adieu à la bicyclette, professant pour celle-ci un véritable culte. Passionné du sport, il devint le pilier central du Vélo-Club de Levallois dont il est l'âme même. C'est son enfant !

Ingénieux, l'ami dévoué devait se parfaire en tant que manager. C'est le manager-né; c'est sa vocation.

Il y a des mages occultes qui réalisent des prodiges, il y a des sorciers qui conjurent les sorts, il y a des êtres qui dominent parce que leur volonté est radieuse et puissante. Il est de ceux-là. Je vais vous l'expliquer.

Il fut l'ami, le conseiller du regretté Petit-Breton, et celui-ci semble lui avoir légué en héritage, en mourant, toute son indomtable énergie, son désir de dominer qu'il distribue inconsciemment à ses poulains.

Dès qu'il s'occupe d'un quelconque coureur, s'il s'attarde à l'observer par une sorte de suggestion, il en fait un champion. Il lui communique la foi en soi-même, le besoin de vaincre, l'incontestable supériorité. La volonté est toute la force de l'athlète à condition que celui-ci possède la perceptibilité d'un tel hypnotisme.

Dois-je vous citer des noms ?

Qui devina Frank Henry ? Hélas, disparu dans la grande tourmente, de même qu'Engel ? Du Vélo-Club de Levallois sortirent Marcillac, qui porte encore fièrement les couleurs du club aimé. Souchard, autre phénomène. Ville, Blanchonnet, Leducq, Wambst, en voulez-vous des champions ?

Et combien d'autres pour lesquels il eut des soins infinis... avec de l'ingratitude comme récompense.

Vous ne connaissez pas l'exigence d'une jeunesse prétentieuse, parfois à peine correcte. Je voudrais que vous sachiez combien Ruinart se donne de mal pour satisfaire tout son monde : l'un lui demande un guidon impossible, un autre des pédales spéciales, et, s'il s'en trouvait un qui lui demande un pignon de dix-neuf dents et demie, je crois qu'il chercherait à solutionner le problème ! Lorsqu'il suit une course, il en dirige les péripéties, dispose de ses hommes comme des marionnettes dont il tient les ficelles en main, du bord de sa petite voiture, sans bouger, sans gestes grandiloquents, sans bravades, muet et impressionné comme s'il était juge et partie, public et acteur. Il n'a pas de fioles mystérieuses dans ses poches diverses, de breuvages diaboliques, mais la persuasion précise.

Ne lui demandez jamais de jouer le rôle de commissaire aux Six-Jours ! Il vous rirait au nez, car avant tout, il sert la cause du grand sport, du Sport véritable. Il méprise la laideur.

C'est pour cela que l'on ne le rencontre jamais que sur la route où se jouent des duels palpitants, sans galerie, sans bluff, mais suivis de cet homme silencieux, de ce manager unique, de Paul Ruinart en un mot.

 

Marco

 

 

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FredCultureCyclisme - dans Cyclisme
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